Home :: Sem categoria :: Colloque International La “belle époque” revisitée

Colloque International La “belle époque” revisitée

Université du Minho | CEHUM
20, 21 et 22 septembre 2017


Prophétisée par Nostradamus, la « Belle Époque », riche et contradictoire, surgit comme une période mythique de progressif agrandissement territorial (colonialisme), d’industrialisation croissante, d’accélération économique, de foisonnement d’idées innovatrices et audacieuses, de développement scientifique et technologique et d’effervescence artistique.

Politiquement stable, sous l’égide de la Troisième République ayant comme devise la laïcité (loi de 1905), ce nouvel âge d’or voit se succéder des tendances différentes, parfois violentes, comme l’anarchisme, le socialisme et le nationalisme, ainsi que l’Affaire Dreyfus, passionnant et divisant la France en dreyfusards et antidreyfusards.

Du point de vue des mutations de la société, on assiste progressivement à la disparition de la petite industrie (artisanale), à l’exode rural vers la ville et au resserrement des relations entre l’aristocratie, autorisée à maintenir ses titres de noblesse, et la bourgeoisie citadine qui, triomphante, ne cesse de l’imiter. À la suite d’importantes découvertes scientifiques-technologiques, telles que l’électricité (et, par conséquent, l’éclairage domestique et public), la photographie (Félix Nadar, pseudonyme de Gaspard-Félix Tournachon), le cinéma (Frères Lumière), la radio (Édouard Branly), le téléphone (Alexander Graham Bell) et la radioactivité (Marie Curie) ; à la suite de l’Exposition Universelle de 1889 (pour laquelle fut construite la Tour Eiffel) et de l’Exposition Universelle de 1900 (où débouche un phalanstère d’artistes prestigieux, nationaux et étrangers), Paris devient le symbole du progrès, le foyer de l’art mondial et la vitrine du monde.

La poussée technologique, mettant la machine à l’honneur, atteint les moyens de transport : outre la bicyclette, l’automobile et l’avion, on assiste à la prolifération des gares, à l’expansion du réseau ferroviaire et à la panoplie de trains qui envahissent le discours littéraire et filmique. De pair avec le « tortillard » (Hervé Bazin), le train de banlieue (Paul Verlaine), le train de ballast (Émile Zola), le train des bureaucrates (Guy de Maupassant) et le train de ceinture (Marcel Proust), on visualise « L’arrivée d’un train en gare de la Ciotat » (projection des Frères Lumière) et « Panorama d’un train en marche » (de Georges Méliès). De même, l’abréviation « métro » apparaît dans le Charivari du 12 juillet 1892, tandis que le funiculaire est désigné, en 1912, sous le nom de « chemin de fer de montagne ». Le tourisme fleurit, lorsqu’on s’approprie les sites panoramiques, on apprivoise les lieux de renom (la Venise de Thomas Mann) et on acquiert des objets fétiches, grâce aux affiches publicitaires : l’Orient-Express (1883) relie Paris (Gare de l’Est) à Vienne et à Istanbul (terminus) ; le Transibérien (1898) part de Moscou en direction de Vladivostok ; le transatlantique Titanic, parti de Southampton à destination de New York, coule tragiquement en 1912.

Tout en réinterprétant l’ancien otium cum dignitate, le loisir se globalise et le plaisir est démocratisé : les promenades aux bords de la Seine (Giverny, Argenteuil) et aux bains de la Grenouillère, où les paysagistes pleinairistes suivent les vacanciers (Claude Monet et Auguste Renoir) ; les parties de campagne, les pique-niques et les « déjeuners » des canotiers (Auguste Renoir) ; les bienfaits de l’air maritime (Jane Austen), les rituels de la plage, Trouville, Deauville et Cabourg (immortalisés par Claude Monet, Eugène Boudin et Marcel Proust), le thermalisme (Guy de Maupassant) et le climatisme (Thomas Mann), dont Davos, Vichy (Emilia Pardo Bazán) et Avène constituent le paradigme. Décrétée d’intérêt public en 1874, la station thermale et climatérique d’Avène les Bains, servie par le chemin de fer du Midi (avec des billets de famille à tarif spécial), offre, grâce à ses eaux alcalines, arsenicales et sulfureuses baréginées, qui nous rappellent le maupassantien Mont-Oriol, une cure radicale des « maladies de la peau ». La poussée de l’urbanisme, dont l’architecture est liée au fer et au béton armé, est évidente non seulement dans la nouveauté des monuments (la Madeleine, la Bastille, Les Halles, la Place Vendôme, la Gare de Lyon), mais aussi dans le sortilège des boulevards et des rues (Claude Monet, Camille Pissarro et le ‘Messie’ Gustave Caillebotte), des restaurants (le Maxim’s) et des hôtels luxueux (le Ritz proustien), des courses (Degas), des théâtres (le « Théâtre du Vieux Colombier », le « Grand Théâtre » et le « Théâtre National »), du cinéma de quartier et des sports (le hockey, le patinage sur glace, la gymnastique, la pêche). Dans les cafés où l’on boit de l’absinthe (Edgar Degas, Jean Béraud), dans les cafés – concerts (Bataclan), dans les bals publics, dans le music-hall et dans les cabarets montmartrois (Folies-Bergères, Moulin Rouge), peints par Henri de Toulouse-Lautrec, on « s’encanaille » (on imite le bas-peuple), on écoute Aristide Bruant et on regarde la Goulue (bien des années après, Louise Weber continuera, vieillie, à poser, en dansant le « French Cancan »). Les aristocrates et les bourgeois passent l’hiver dans leurs châteaux et/ou hôtels, fréquentent les Salons, organisent des réceptions et des dîners (Marcel Proust), s’adonnent à la vénerie en automne, partent en villégiature en été et brillent dans les palaces de la Côte d’Azur ; les ouvriers, quant à eux, voient, après de difficiles conditions de travail, leurs revendications satisfaites (congés payés et repos hebdomadaire). Concernant le week-end des Parisiens, il est représenté par Gustave Caillebotte (« Le Plongeur » ou « La Baignade » et « P’ boit e lrrauddans la productiérissoires »), par Édouard Manet (« Monet dans son bateau ») et par Claude Monet (« Les Coquelicots »). Dans ce contexte d’optimisme et de confiance, les femmes, dont le Congrès National a lieu en 1901, mettent en place leur processus d’émancipation. Au temps où, à la Salpêtrière, Charcot et le jeune Freud formulaient de nouvelles théories pour expliquer et traiter le phénomène hystérique, symptôme du malaise des femmes qui, privées de liberté, étaient réduites à exprimer leur désir dans les paralysies et les contractures du corps, émerge le mouvement pour les droits des femmes (les suffragettes). Des talents féminins sont visibles dans une production littéraire de relief (Colette, Anne de Noailles, Judith Gautier), dans le maintien des salons littéraires (Mme Strauss, Mme de Caillavet, la Princesse Mathilde) et dans une inoubliable performance théâtrale (la tragédienne Sarah Bernhardt, la comédienne Gabrielle Réjane et la belle Otero, chanteuse et danseuse).

Quant au foisonnement artistique, il nous faut rappeler les avant-gardes (minoritaires et pamphlétaires), politico-littéraires et esthético-picturales. À côté de petites revues, telles que L’Ermitage et La Plume, l’on a aussi La Revue Blanche, qui s’ouvre à la production littéraire féminine, aux poètes symbolistes et aux littératures étrangères, qui lance Wagner et Debussy, qui sollicite la collaboration des postimpressionnistes et des Nabis et qui accueille Octave Mirbeau; L’Humanité, à son tour, publie les réalistes et les naturalistes, ainsi que des traductions d’œuvres étrangères en (roman-)feuilleton, destiné à un public populaire ; le Mercure de France et La Revue des Deux Mondes propagent le symbolisme ; Le Banquet divulgue les Études de Marcel Proust ; la Nouvelle Revue Française prône que « l’œuvre doit trouver en soi sa suffisance, sa fin et sa raison parfaite » (André Gide) et Félix Fénéon crée les nouvelles en trois lignes dans les colonnes de faits divers du Matin. Les décadentistes (Huysmans), les symbolistes (Francis Vielé-Griffin, Jean Moréas) et les naturalistes cohabitent pacifiquement : Octave Mirbeau, Pierre Loüys et Marcel Schwob publient des romans décadents, optant pour un symbolisme noir ; Guy de Maupassant, moyennant son illusionnisme subjectif, peint la bourgeoisie en ascension dans Bel-Ami et Une Vie ; Émile Zola fabrique des mythes (la mine de Germinal ; Le ventre de Paris, métaphore du marché mythique Les Halles ; la locomotive de La Bête Humaine) ; Alain-Fournier se consacre au roman poétique ; Blaise Cendrars et Guillaume Apollinaire frayent de nouveaux chemins, puisant leur inspiration dans la vie quotidienne et dans le monde moderne sous un « automne malade » (« Un train/ Qui roule/ La vie/ S’écoule » – Alcools), tremplin pour des audaces heureuses au niveau de l’expression ; Francis James et Émile Verhaeren font preuve d’un lyrisme rustique et d’un régionalisme intimiste débouchant sur la peinture des fresques de la modernité; Charles Péguy et Paul Claudel transforment leurs élans mystiques et chrétiens en poèmes d’une rare beauté; Anatole France et Maurice Barrès s’engagent dans le roman à idées ; René Antoine est responsable d’une vraie rénovation théâtrale, fondant un « Théâtre-Libre » avant-gardiste, inventant la mise en scène, conciliant les décors et l’interprétation, et interdisant soit la censure soit les acteurs à succès, remplacés par des amateurs. La littérature populaire foisonne également : outre les romans d’anticipation (Jules Verne, Maurice Renard, André Couvreur) qui inventent le genre SF et les premières utopies transhumanistes, rappelons l’osmose de romans policiers et romans d’aventures illustrée par Gaston Leroux (créateur de Rouletabille), Maurice Leblanc (Arsène Lupin), Pierre Souvestre et Marcel Allain (Fantômas). Dans la presse populaire et la presse pour enfants et jeunes, la bande dessinée prend son essor, créant de nouveaux mondes fictionnels autour de nouveaux personnages, telle Bécassine.

Toutefois, l’écrivain qui synthétise le mieux l’esprit de la « Belle Époque » est, sans aucun doute, Marcel Proust. Traversée par la turbulence de l’Affaire (les teneurs et les détracteurs de Dreyfus) et par un itinéraire géographique traduisant l’air du temps (Combray/Illiers et Balbec/Cabourg ; Paris et Venise ; Chatou…), la Recherche l’est, aussi, par les tableaux sociaux qui gravitent autour des castes inhérentes aux deux « côtés » (aristocratie, bourgeoisie et domesticité). Outre cette hiérarchie sociale, la géographie culturelle s’avère pertinente : les Guermantes habitent au mythique Faubourg de Saint-Germain, où l’on écoute encore Frédéric Chopin ; les Verdurin, avant-gardistes, accueillent Biche/Elstir, le peintre impressionniste, et font jouer Richard Wagner ; dramaturges à succès (Georges Ohnet), pianistes (Arthur Rubinstein), compositeurs (Francis Planté) et spectacles (« Ballets russes ») vont de pair soit avec des cafés et des restaurants en vogue (la « Maison Dorée », le « Café Anglais », le « Chat Noir »), soit avec le « modern style » (la ferronnerie du treillage du balcon où le protagoniste adolescent interroge la météorologie…) et le japonisme (la ‘religion’ des estampes japonaises ; l’appartement de la demi-mondaine Odette, parsemé de ‘chinoiseries’ ; les créations/robes de Mariano Fortuny offertes à la prisonnière et fugitive Albertine).

Pour ce qui est de la critique littéraire, qui devient graduellement moins impressionniste, il convient de revisiter les théories et les travaux de Gustave Lanson, Paul Souday, Jules Lemaître, Ferdinand Brunetière et Charles Maurras. Pour la philosophie, il importe de rehausser l’influence et l’audience d’Henri Bergson, sa réaction contre le positivisme et son culte du temps psychologique et de la durée créatrice. Relativement à la musique, le courant néo-classique (Camille Saint-Saëns) côtoie l’impressionnisme musical de Gabriel Fauré et Claude Debussy, ainsi que la musique d’Igor Stravinsky (au cours des « Ballets Russes ») et d’Éric Satie. Quant à la peinture, il est indéniable qu’elle bouleverse les autres arts : il suffit de faire une digression touristique parmi les œuvres des divisionnistes, des fauvistes et des cubistes, tout en se souvenant de l’exaltation de la couleur, de l’effusion sensorielle et du culte de la construction. De même, et en ce qui concerne la sculpture, les noms d’Auguste Rodin et d’Aristide Maillol s’avèrent incontournables. Certains mouvements n’en sont qu’à leurs débuts, tels que le futurisme (Le Figaro de 1909) et le simultanéisme (influencé par l’écriture cinématographique).

Afin de lutter contre les conventions, un groupe d’artistes (présent à l’Exposition Universelle de 1900) se rallie sous la bannière de l’ « Art Nouveau », caractérisé par la célébration du monde végétal (parallélisme entre le cycle de la nature et celui de la vie humaine) et par la sinuosité organique des formes, notamment dans la céramique, la marqueterie et la verrerie : les « vases-poèmes » d’Émile Gallé ; l’affiche pour les éditions Larousse d’Eugène Grasset et l’affiche pour les pastilles de Vichy de Georges Meunier ; le « Monument aux Morts » (Cimetière du Père-Lachaise) d’Albert Bartholomé; les « Broches » de René Lalique et de Jules Desbois ; le « Fauteuil aux nénuphars » et la « Table aux nénuphars » de Louis Majorelle. Bref, les brasseries et les restaurants « Art Nouveau » se multiplient (le peintre Léon Sonnier et l’architecte Louis Marnez décorent le Maxim’s), participant de la modernité de la rue, tandis que Hector Guimard devient célèbre pour les entrées du métropolitain parisien.

Ce colloque se propose de mettre en perspective la production littéraire, artistique, culturelle, politique et intellectuelle qui façonne l’imaginaire de la « Belle Époque ». Quels sont les (my)thèmes de sa mythanalyse ? Comment s’inscrit-elle dans nos représentations de la modernité, de ceux qui la vécurent et lui rendirent hommage dans leurs écrits personnels (Souvenirs sur l’Affaire de Léon Blum ; Salons et Journaux de Léon Daudet ; Correspondance de Marcel Proust), ainsi que de ceux qui la revisitent depuis le régime nocturne de notre imaginaire postmoderne ? Sur quelles limites du réel bute le mythe d’une Époque dite Belle, qui l’a été autant ou plus après sa disparition ? Comment cerner ses impasses, ses apories, ses inerties ? Quels sont les mondes possibles qu’elle ouvre à une conscience attirée par sa dynamique créatrice et sa prégnance symbolique ? D’où vient, en effet, sa magie ?

Peut-être de la joie de vivre, que Victor Prouvé a su magistralement peindre dans son tableau éponyme ; peut-être de la croyance au progrès, matérialisée dans la Tour Eiffel, qui a transformé la nuit en jour, et de l’exaltation de la beauté, qui a rendu féérique la capitale ; peut-être du dandysme, hérité de Charles Baudelaire, et de la flânerie, car, selon Victor Hugo, « Errer est humain, flâner est parisien » ; peut-être de son figement temporel et de son irréalité mythique, qui l’ont transformé en un monde perdu quand la guerre est venue.

Le témoignage de Paul Morand s’avère à cet égard intéressant : « Je me promène dans 1900 comme dans le Musée Grévin, égaré parmi des figures de cire. ».

Et il n’avait pas tort. Le rideau est tombé. Les acteurs et les figurants ont disparu. Mais, la « Belle Époque », aujourd’hui encore, est bel et bien vivante.

ORGANISATION



Rosário Girão

Cristina Álvares

(Département d’Études Romanes)

COMITÉ SCIENTIFIQUE


Franc Schuerewegen (Université d’Anvers)

Maria Hermínia Laurel (Université d’Aveiro)

Maria de Jesus Cabral (Université de Lisbonne)

Isabel Cristina Mateus (Université du Minho)

Rosário Girão (Université du Minho)

Cristina Álvares (Université du Minho)


Pour accéder au Site du Colloque, cliquez ICI
Pour S’inscrire, cliquez ICI

.

Deixe uma resposta

O seu endereço de email não será publicado. Campos obrigatórios marcados com *